(ARCHIVES) L'ex-ambassadeur britannique aux Etats-Unis Peter Mandelson lors d'une réception en l'honneur du Premier ministre Keir Starmer à Washington, le 26 février 2025 ( POOL / Carl Court )
L'ex-prince Andrew n'est pas le seul au Royaume-Uni à être éclaboussé par l'affaire Epstein : depuis vendredi, les révélations embarrassantes sur les liens étroits entre l'ex-ministre Peter Mandelson et le pédocriminel américain se multiplient et pourraient sceller la chute de cette figure historique du Labour.
Conseils donnés à Jeffrey Epstein pour obtenir la réduction d'une taxe, relevés bancaires attestant de virements par le financier américain de 75.000 dollars à son bénéfice et une photo le montrant en sous-vêtements aux côtés d'une femme en peignoir : les derniers documents rendus publics par le ministère américain de la Justice pourraient constituer un coup de grâce pour cet ancien commissaire européen de 72 ans.
Malgré les revers qui ont émaillé sa carrière - souvent pour des services rendus à des fréquentations contestables ou obtenues d'elles -, Peter Mandelson semblait insubmersible, obtenant encore le poste d'ambassadeur à Washington du Premier ministre Keir Starmer en décembre 2024.
L'affaire Epstein l'avait déjà obligé à abandonner ce poste en septembre.
Mi-janvier, il avait dû présenter publiquement ses excuses pour avoir maintenu son amitié avec Jeffrey Epstein après la condamnation de ce dernier en Floride en 2008 pour avoir recouru à des prostituées mineures.
Lundi, Keir Starmer a chargé le secrétaire général du gouvernement, Chris Wormald, d'"examiner toutes les informations disponibles concernant les contacts entre Peter Mandelson et Jeffrey Epstein pendant la période où il était ministre", soit de 2008 à 2010, a dit un porte-parole du gouvernement.
Dans la foulée, la police de Londres a annoncé examiner des signalements sur des faits présumés de "mauvaise conduite dans l'exercice d'une fonction publique". Le nom de M. Mandelson n'apparaît pas dans le communiqué de la police mais la BBC, le Times et le Telegraph affirment qu'il est la personnalité visée par ces signalements.
- "Menacer légèrement" -
D'après les derniers documents en date du ministère américain de la Justice, Peter Mandelson pourrait avoir fait profiter Jeffrey Epstein d'indiscrétions lorsqu'il était ministre du Commerce dans le gouvernement de Gordon Brown : il lui aurait notamment transféré en 2009 un email interne, destiné au Premier ministre, sur la situation économique.
Et dans un autre échange d'emails de 2009 révélé par le Financial Times, Peter Mandelson semble suggérer à Jeffrey Epstein de demander au patron de JPMorgan de "menacer légèrement" le ministre britannique des Finances d'alors, afin d'obtenir la réduction d'une taxe sur les bonus des banquiers.
Celui qui fut l'un des architectes du New Labour avec Tony Blair a beau avoir annoncé dimanche soir qu'il quittait le Parti travailliste pour ne pas lui "causer davantage d'embarras", Keir Starmer a estimé lundi qu'il "ne devrait plus" être membre de la Chambre des Lords, selon son porte-parole.
Le Premier ministre n'a toutefois pas de pouvoir décisionnaire en la matière, a rappelé ce porte-parole.
M. Mandelson a été nommé à la Chambre des Lords en 2008 mais s'était mis en congé de cette assemblée parlementaire fin janvier 2025, après sa nomination à Washington.
Interrogé dimanche par la BBC sur certaines des dernières révélations, M. Mandelson avait répondu n'avoir aucun souvenir des virements de 75.000 dollars et ne pas savoir si ces relevés étaient authentiques.
Il a aussi assuré ne "pas parvenir à situer le lieu, ni à identifier la femme" en peignoir figurant sur la photo non datée.
- "Le frère dont j'ai toujours rêvé" -
Photo non datée, prise dans un lieu non divulgué et diffusée par le département de la Justice américain, le 30 janvier 2026, dans le cadre de l'affaire Jeffrey Epstein, montrant l'ancien prince britannique Andrew à quatre pattes au-dessus d'une femme allongée sur le sol ( US DEPARTMENT OF JUSTICE / Handout )
Quant à Andrew, déjà déchu de ses titres royaux en octobre par son frère, le roi Charles III, les derniers documents du ministère américain de la Justice - de nouveaux emails et des photos de lui agenouillé et penché au-dessus d'une jeune femme allongée - n'ont fait qu'alimenter les soupçons sur son éventuelle implication dans le trafic de jeunes femmes imputé à Jeffrey Epstein. Des soupçons toujours balayés d'un revers de la main par l'ex-prince, qui a refusé jusqu'ici de répondre aux questions d'une commission du Congrès.
D'autant qu'après les accusations de Virginia Giuffre, une deuxième femme a affirmé avoir été envoyée par Jeffrey Epstein au Royaume-Uni pour avoir des relations sexuelles avec Andrew, selon l'avocat de cette dernière cité par la BBC.
L'ex-épouse d'Andrew, Sarah Ferguson, l'accompagne aussi dans sa chute.
Parmi les documents fournis vendredi figurent plusieurs courriels dans lesquels elle affiche son admiration pour le pédocriminel américain.
"Merci, Jeffrey, d'être le frère dont j'ai toujours rêvé", lui écrivait l'ancienne duchesse d'York dans un email en 2009.
Quelques mois plus tard, elle expliquait au financier avoir "urgemment besoin de 20.000 livres" pour payer son loyer.
"Je ne trouve vraiment pas les mots pour décrire mon amour et ma gratitude pour ta générosité et ta gentillesse", écrivait-elle en janvier 2010. "Je suis à ton service. Epouse-moi", ajoutait-elle.

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